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Croquis dessiné à la main d'un plombier qui répare un tuyau pendant qu'un ordinateur portable attend à côté

Le plombier avait raison

Un plombier a réparé mon évier en quarante minutes pendant que je passais deux jours sur un bug d'allocateur. Ce contraste a changé ma façon de voir le travail utile.

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En mars dernier, mon évier de cuisine a commencé à faire un bruit d’animal coincé dans le mur. Je suis locataire : le problème relevait donc, en théorie, de mon propriétaire. Lui était en Normandie, moi à Paris, et notre fil de messages ne réparait rien.

J’ai appelé Marc. Il est arrivé dans une camionnette qui sentait le café et la colle PVC, a regardé sous l’évier et a lâché une phrase qui signifiait à peu près : « Oui, ce n’est pas bon. » Quarante minutes plus tard, tout fonctionnait. Il avait utilisé trois outils dont j’ignorais l’existence.

Je suis remonté travailler sur un allocateur mémoire destiné à une puce d’inférence. Cela faisait déjà six heures que je cherchais une erreur de segmentation. Elle était toujours là.

Le contraste était difficile à ignorer.

Ce que Marc avait et que je n’avais pas

Marc n’avait pas besoin d’expliquer la valeur de son travail. L’eau fuyait, puis elle ne fuyait plus. Le résultat était local, visible et facile à juger.

En logiciel, c’est rarement aussi net. Un bon allocateur peut rendre tout un système plus rapide et plus fiable, mais presque personne ne le verra. Un mauvais peut sembler correct jusqu’à ce qu’une charge, un appareil ou un motif d’allocation particulier révèle le problème. La distance entre le travail et la personne qui en bénéficie est parfois immense.

Marc disposait aussi d’une forme de stabilité. Nous continuerons à utiliser des tuyaux, et les tuyaux continueront à casser. Un meilleur logiciel peut l’aider à planifier ses interventions, chiffrer les pièces ou préparer un diagnostic. Quelqu’un devra tout de même entrer dans la cuisine et poser la main sur la vanne.

Cela ne rend pas la plomberie facile, sûre ou bien payée. Cela rend simplement sa valeur très concrète.

Le côté inconfortable de mon métier

Je construis des systèmes d’IA : moteurs d’exécution, back-ends, politiques de contrôle et logiciels pour du matériel récent. Une partie de l’objectif consiste à rendre plus rapide et moins coûteux un travail qui exigeait auparavant un spécialiste.

C’est utile. C’est aussi difficile à discuter honnêtement lorsque son propre métier se compose de tâches que le logiciel sait de mieux en mieux assister. La génération de code reste imparfaite, mais elle change déjà ce qu’un ingénieur peut produire. Le premier jet d’un rapport, d’un test, d’une interface ou d’une analyse coûte moins cher qu’il y a quelques années.

Cela ne signifie pas que tous les emplois de bureau vont disparaître. Cela signifie que beaucoup vont changer et que certaines équipes auront besoin de moins d’heures pour produire le même résultat. La pression ne prendra pas la forme d’une invasion de robots. Ce sera un poste qui ne rouvre pas, une tâche junior absorbée par un outil ou une équipe de dix réduite à six.

Le travail physique rencontre une autre limite. Un modèle peut suggérer comment réparer une pompe à chaleur. Il ne peut pas encore porter l’unité de remplacement dans l’escalier, remarquer le raccord corrodé absent du manuel et répondre du résultat.

J’aime toujours mon métier. J’aime les compilateurs. J’aime voir un robot bipède apprendre à mal marcher, puis un peu moins mal. J’aime le moment où une courbe plate finit par bouger. Je ne suppose simplement plus que ce travail gardera la même forme pendant toute ma carrière.

Ce que je réponds à mes proches

Des amis me demandent s’ils devraient apprendre à coder. Ma réponse est devenue moins catégorique.

Savoir programmer reste utile. Mais il est tout aussi important d’apprendre un métier dont on peut examiner le résultat et dont le client comprend la valeur. Cela peut être du logiciel proche du matériel. Cela peut aussi être la soudure, les soins, la réparation de vélos, l’agriculture, l’installation de pompes à chaleur ou l’électricité, là où quelqu’un doit encore vérifier que le bâtiment ne prendra pas feu.

Je ne romantise pas ces métiers. Beaucoup sont épuisants, mal payés au début et difficiles à quitter lorsque le corps fatigue. Leur avantage est plus limité : l’échec se voit. Une mauvaise soudure peut être testée. Un tableur convaincant produit par un agent IA peut tenir jusqu’à la clôture du trimestre.

La vraie distinction n’oppose pas le travail manuel au travail intellectuel. Elle tient au lien que le travail conserve avec le réel, le jugement et la responsabilité.

Ma petite couverture

Je ne quitte pas les systèmes d’IA. Il reste beaucoup de problèmes difficiles et utiles autour des puces, des robots, de l’énergie, de la sécurité et de tous les endroits où le logiciel rencontre une contrainte dure.

Je me suis tout de même inscrit à un cours de menuiserie dans le 20e arrondissement. Ma copine appelle cela un loisir. J’y vois surtout une occasion d’être un peu moins inutile devant un morceau de bois.

Marc a facturé 120 euros. L’allocateur m’a pris deux jours de plus.

C’est lui qui a passé la meilleure semaine.